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D'eau et
d'histoires…
Nous vous invitons à vous immerger dans 20 ans d’histoires d’eau,
écrites par des femmes et des hommes sensibles aux charmes et aux
murmures du Seyon, désireux de rendre ses lettres de noblesse à leur
rivière trop souvent malmenée. C'est à la lumière des 34 bulletins
parus à ce jour que nous avons reconstitué les méandres de
l'histoire de l'APSSA. Ou comment notre association est entrée de
plein pied dans l'âge adulte.
1987, le
temps des pionniers
L'Association Pour la Sauvegarde du Seyon et de ses Affluents voit
le jour le 12 juin 1987 dans les vénérables murs du Château de
Valangin, sous l'impulsion de passionnés de la nature: Willy Matthey
(président), Frédéric Cuche, Denis Robert, Gabriel Ruedin, Yvan
Matthey, Anne-Christine Evard, Philippe Graef, Jean-Michel Gobat,
Paul Marchesi… D'une plume incisive,
Benjamin Cuche campe le décor.

Les pionniers, dans leur enthousiasme, se fixent un objectif
ambitieux:
"En l'an 2000, les écrevisses seront à nouveau dans le
Seyon". L'écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes)
apparaît rapidement… comme
logo de l'association
en 1989, puis
croquée dans tous ses états par l’illustrateur Alexis Nouailhat dès
2006. Mais dans la rivière, impossible de serrer la pince à ce
crustacé discret, dont les conditions pour une réintroduction ne
sont
de loin pas réunies.
"Assurer la sauvegarde de l’écosystème du Seyon et de ses
affluents", tel est
l’objectif fixé dans les statuts de l’association. Il faut avouer
qu’à la fin des années 1980,
l’état de santé de la rivière
est inquiétant
: tronçons canalisés, débit d’étiage insuffisant, pollutions
chroniques (dysfonctionnements des stations d’épuration vétustes,
apports de fertilisants et de phytosanitaires d’origine agricole)
rendent la vie dure à la flore et la faune aquatique.
Pourtant, les préoccupations liées à la protection du Seyon et de
ses ressources ne datent pas d’hier, comme le montre ce texte
découvert par Maurice Evard dans les Archives de L’Etat de
Neuchâtel, registre des "Mandements" :
Le Gouverneur
et Lieutenant General es souverainetéz de Neuchâtel et Vallengin, Au Mayre de
Vallengin ou à son Lieutenant, salut.
Sur ce qu’il
nous es venu à notice que contre les deffenses faites ces années
passées, plusieurs personnes se licensient d’aller à la pesche des
écrevisses, dans la rivière du Seyon au Val de Ruz, et craignant que
semblable abus ne se commette à l’avenir, nous avons jugé à propos
de faire le present, par lequel nous deffendons à toutes personnes
quelles, qu’elles soyent, de pecher et prendre des escrevisses dans
ladite rivière du Seyon, à peine d’estre châtiés pour des bans de
soixante sols, chaque fois qu’il y seront trouvés mesusans, et
contrevenants au present mandement, lequel vous ferés publier par
les formes accoûtumées, aux lieux nécessaires, afin que personne
n’en prétende cause d’ignorance.
Donné au
Château de Neufchâtel, le 8e apvril 1665.
A cette
époque, l'écrevisse est une denrée convoitée, mais gare de ne pas se
faire pincer : Instance contre Christ Allemand, à Engollon, pour
avoir pris des écrevisses au Seyon. Il s'excuse en alléguant que
c'est M. Brun, pasteur à Engollon, qui l'a fait tomber en faute,
désirant manger des écrevisses. Le tribunal agrée l'excuse (tiré du
registre civil de la Justice de Valangin du 28 octobre 1733).
Laissons à
Anne-Lise Grobéty le soin de traduire l’état des lieux au tournant
des années 1990.
De la jeunesse à
l’adolescence
En 1993, l’APSSA
se lance dans le show-business. C’est du moins ce que laisse penser
la lecture du bulletin n° 10. où l'on découvre que le président
d'alors, le Prof. Willy Matthey, joue l'amuseur public sur les
plateaux de la TV romande aux côtés de l'humoriste Sim. Mais qu'on
se rassure, c'est pour la bonne cause! Plus précisément pour
recevoir des mains de la Loterie romande un chèque substantiel en
vue de réaliser une étude expérimentale sur les moyens de diminuer
les apports de nitrates dans le Seyon, par le biais d'une zone de
filtration. Et de diffuser un spot publicitaire en vue de
sensibiliser le grand public sur les affres dont souffre le cours
d'eau.
Pourtant,
l'ambiance n'est pas à la franche rigolade: le 5 septembre 1995,
l'usine ETA de Fontainemelon est la proie des flammes. Des quantités
considérables d'eau d'extinction mélangée à des huiles s'écoulent
dans le cours d'eau, par le biais du Morguenet et de l'ancienne STEP
de la Rincieure, qui doit momentanément être mise hors service.
160'000 litres d'huile sont récupérés à l'aide de barrages installés
sur le pont du Morguenet. Les conséquences sur la faune, et
notamment les poissons, se révèlent désastreuses. Aujourd'hui
encore, des traces de cette pollution contrarient le démantèlement
de l'ancienne STEP.
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Face aux
atteintes répétées que subit le Seyon, le comité décide de mettre
sur pied un réseau de surveillance composé d'une vingtaine de
passionnés. Chaque tronçon du cours d'eau et de ses affluents est
prospecté au moins une fois par an, et les problèmes observés dûment
répertoriés sur des fiches ad hoc. Durant ses quelques années de
fonctionnement, ce réseau permettra de localiser les principaux
points noirs émaillant le cours du Seyon et de rechercher des
solutions pour y remédier.
Si l'APSSA met
volontiers la main à la plume (ou au clavier), elle ne dédaigne pas
pour autant la pelle, la pioche ou la cisaille : c'est à cette époque
que naît la traditionnelle journée annuelle d'entretien des étangs
de Bayerel, réalisée en partenariat avec les Amis de la Nature de la
Chaux-de-Fonds, consistant à assurer la pérennité de ces plans d'eau
précieux pour la faune et la flore de la région. C'est aussi le
début des plantations de buissons le long du Seyon et de
l'aménagement d'étangs, à l'exemple du biotope de Fontaines auquel
l'APSSA a participé.
Au moment de
tirer le bilan de 10 ans d'activité, le président Frédéric Cuche
constate amèrement que la qualité de l'eau n'a pas beaucoup évolué,
mais place tous ses espoirs dans la réalisation de la nouvelle
station d'épuration de la Rincieure, dont les crédits ont été votés
par les communes du Val-de-Ruz. Il se prend même à rêver d'une
remise en fonction de la ruine qui servit jadis de moulin, au
lieu-dit Bayerel… projet qui verra le jour 10 ans plus tard à
l'instigation de notre association!
L’âge de raison
Les coups de
gueule dénonçant les atteintes à l'écosystème Seyon laissent peu à
peu la place au pragmatisme et à la recherche de solutions
concertées avec les différents partenaires. L'APSSA renforce ses
liens avec les services de l'Etat (service de la protection de
l'environnement, de la faune, bureau de l'économie des eaux, office
de la conservation de la nature). Elle mandate une étude pour
évaluer l'efficacité des ouvrages de stabilisation des berges. Elle
organise des expositions, excursions, conférences afin de
sensibiliser un public le plus large possible. Sous la plume du
Prof. Willy Matthey, elle diffuse dans son bulletin les "Petites
vies dans le Seyon", à la découverte des créatures miniatures
peuplant le cours d'eau.
Elle lance en
1998 ce qui deviendra une des activités phare de l'association: le
nettoyage annuel du Seyon.
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Cette action qui se voulait initialement ponctuelle se poursuit
inlassablement depuis bientôt 10 ans ! Elle se veut un indicateur de
l'état de santé du cours d'eau, et plus particulièrement du rôle
joué par les déversoirs d'orage, dont les apports ne diminuent pas
malgré les importants travaux de mise en séparatif déjà consentis à
ce jour. Elle met également en lumière les comportements indélicats
de nombreuses citoyennes et citoyens qui continuent de prendre les
cuvettes de WC pour des poubelles. Et parfois, découvre entre deux
amoncellements de détritus, des lambeaux de poésie oubliés:
"J'savais pas
qu'y avait des sables émouvants au Seyon"
(petite fille
lors du nettoyage de 1999)
Oh Seyon, que tu
es brillant,
Que tu es
habile!
Tes belles
chutes sont courantes,
Que tu as de
belles grenouilles!
Tu coules vite,
tu es joli.
Dommage que tu
sois pollué,
On va te sauver,
Seyon,
Ne te décourage
pas !
(Stéphane, 9 ans)
C'est aussi "Le
Seyon dans tous ses états", intitulé d'une table-ronde qui doit
jeter les bases d'une relation nouvelle entre homme et Seyon pour le
XXIè siècle. Relation qui se matérialise par la mise en place de la
nouvelle STEP de la Rincieure, en novembre 2000. Des accidents de
jeunesse, à l'origine de sévères pollutions, ont quelque peu entaché
l'aura de ces installations performantes, comme le rappelle dans un
éditorial Jean-Bernard Vermot, qui a repris le flambeau de la
présidence: "Le Seyon est enfant de STEP. En cela, il est un fils
fragile, vulnérable et sensible aux accidents, qui ne peut pas
compter sur l'effet de dilution en cas de fiévreuse alerte."
Néanmoins, force est de constater que la nouvelle STEP a grandement
contribué à l'amélioration de la qualité de l'eau du Seyon.
C'est enfin tout
récemment le PREE ( plan régional d'évacuation des eaux) Val-de-Ruz, une étude d'envergure initiée par le service de la
protection de l'environnement, qui rassemble toute une brochette de
spécialistes au chevet du Seyon pour s'enquérir de l'état du malade
et proposer une thérapie de remise en forme. Une fois les symptômes
clairement identifiés, il s'agira de prescrire les remèdes adaptés,
supportables financièrement et politiquement : amélioration de la
qualité de l'eau, maintien d'un débit minimal en période d'étiage
pour la faune, revitalisation des portions de berges canalisées,
etc. Pour l'APSSA, partenaire de l'étude, c'est 20 ans de
préoccupations et d'espoirs qui se voient revêtir les habits de
l'officialité à travers ce programme dans lequel nous plaçons de
grands espoirs.
Un Seyon
convalescent coule désormais sous nos ponts, un cours d'eau plus
engageant que celui décrit par Benjamin Cuche il y a 20 ans, qui
dans un futur pas si lointain roulera peut-être des eaux
suffisamment propres pour que l'écrevisse remontre le bout de ses
antennes. C'est du moins notre souhait le plus cher!
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